Automne 2015

Lecture par Yves Neyrolles : Joseph Laurent Fénix , Histoire passionnante de la vie d’un petit ramoneur savoyard

Mercredi 14 octobre 19 h 

Mairie annexe de Lyon 5 e
Place du Petit Collège – Vieux-Lyon

 

  Lorsqu’il prend la plume pour raconter sa vie, Joseph Laurent Fénix est un homme brisé. Réchappé de la Grande Guerre certes, mais
défiguré, irrémédiablement marqué par cette traversée de l’épouvante. Fénix n’est pas un littérateur. Ce qui apparaît sur le papier requiert une
particulière attention, tient du déchiffrage tant l’écriture ignore les règles élémentaires de l’orthographe et de la grammaire. Pour être publié, le
texte a dû être « traduit ».


Une force singulière émane cependant de ce récit que son auteur ne craint pas d’intituler, à la manière des grands romans populaires du
XIXe siècle : Histoire passionnante de la vie d’un petit ramoneur savoyard, écrite  par  lui-même.  Plongée  sur  une  enfance  laborieuse  qui,  en comparaison avec ce qui va suivre, paraît heureuse. Plongée surtout sur les années terribles, de 1914 à 1918. Cette parole authentique vaut bien les romans que le tragique événement a pu inspirer. Et comme nous sommes, pour  trois  années  encore,  dans  le  temps  de  la  commémoration,  il  me semble important de faire entendre, parmi d’autres, cette voix-là.

Prologue
Ma rencontre avec Laurent Fénix remonte à  Octobre  1958. Je travaillais à l’époque
comme  journaliste  à  Lyon  et  j’étais  connu  auprès  de  la  classe  ouvrière  pour  mes  opinions
politiques. C’est ce qui incita Fénix à me confier le manuscrit de sa vie. Je me souviens d’une
longue silhouette voûtée, d’un visage très pâle dont la partie gauche n’était qu’une cicatrice. (…)
Au lendemain de la guerre de 1914 – 1918, on disait de ces mutilés qu’ils étaient des « gueules
cassées ».
(…)  Peut-être  parce  qu’il  avait  enfin  quelqu’un  qui  l’écoutait,  il  parla  longuement,
difficilement. Sa vie… Sa femme qui s’était jetée sous un train avait les deux jambes sectionnées
et était internée dans un hôpital. Il souhaitait qu’elle revienne un jour auprès de lui et l’ancien
tailleur  de  traverses  à  la  SNCF  avait,  de  ses  mains,  confectionné  une  chaise  roulante  pour
l’absente.
Il me remit le contenu de son paquet pour voir ce que je pourrais en faire… C’était un
legs… Mais je ne devais le comprendre qu’un mois plus tard. Parce que l’épilogue de cette vie
est si atroce qu’il fallait laisser s’écouler le temps.

Marcel Peyrenet


Yves Neyrolles